L'air glacial n'allait certainement pas m'empêcher de sortir dehors. Je ne sais pas pourquoi, mais je commençais à aimer l'hiver. La neige n'était pas encore tombé, mais je devinais qu'elle allait sortir courir les rues bientôt. J'avais ma tuque et mon foulard d'enfant qui protégeaient mon visage de la température. Je souris à la pensée de mon enfance, quand je m'habillais ainsi, pour aller jouer dehors par la température qui était en-dessous du 0, et de très loin. Je ressemblais, je dois dire, à cet âge. J'avais un manteau léger, mais merveilleusement chaud. C'est incroyable à quel point on peut trouver des merveilles dans un marché au puce. Deux paires de gants, j'avais enfilé. Est-ce necessaire de dire que je n'ai pas froid aux mains ? Je ne savais pas à quel point le vent était froid, du point de vue de l'intérieur de chez-moi, alors je m'étais armée comme il faut. J'avais toutefois des bottes tout simple, puisqu'il y avait que du gravier sur le sol et quelques feuilles, poussés par le vent. Je m'étais diriger tout doucement vers le parc, je ne courais pas comme certains, qui avaient visiblement froids, et qui cherchaient à rentrer chez soi. Ils me regardaient comme une huluberlu, en me traitant sûrement de folle à me promener avec cette température digne d'un bel hiver. S'ils savaient ... s'ils savaient qui j'étais réellement. Prendre une marche à -15 degrés Celsius n'aurait plus rien de stupide, bizarre ou complètement fou.
Je me dirigeais vers un banc quelconque pour me reposer, voilà quelques heures que j'étais là. Mes joues avaient rougis, mais je m'en fichait royalement. Étonnament, je n'avais pas froid. J'aurais pu utiliser mon pouvoir de téléportation, mais dans un endroit public, mauvaise idée. Malgré qu'il y avait sûrement personne où je me trouvais. Je ne voulais plus prendre de risques, car j'avais utilisé mon pouvoir sous les yeux de deux inconnues. Une pour me ficher d'elle, l'autre pour lui sauver la vie. C'était bien assez. Avec elles, j'aurais pu me faire enfermer, comme une véritable sorcière. Penser à celles qui subissaient le même sort, mais qui se faisaient brûler vives. Y penser me donner envie de vomir. Je chassai tout ça d'un mouvement de tête et continuai à marcher, ne sachant pas trop où j'allais.
Je baissai les yeux vers ma jambe. Une page y était collé dessus. Tiens, le vent s'était arrêté. Je regardais devant moi et je vis un jeune homme blond près du banc. Il faisait un espèce de mouvement théâtral plutôt étrange. Je levai un sourcil, surprise. Ce n'était pas dans les habitudes de mes voisins d'agir ainsi. Le quartier était assez tranquille, il n'y avait pas tant d'extravertis. Enfin, à moins qu'ils passent tout leur temps chez eux, car je ne les voyais jamais. Je m'approchais de lui, sa feuille dans la main. En voyant tous les papiers près du garçon, je compris que celle que j'avais eu sur la jambe était la sienne. En m'approchant, je vis qu'il était habillé comme moi ; comme un gamin qui s'apprête à jouer dehors en grand temps froid. Je souris, au moins quelqu'un d'étrange comme moi, qui était sous le vent glacial - maintenant complètement arrêté. Comme s'il n'avait jamais existé. Je m'approchais encore plus du banc, jusqu'en être à un pas. Je le vis se relever et lui présentai ensuite la feuille, un peu pliée mais intacte.
« T'en a oubliée une. »Phrase simple qui voulait tout dire. Je le voyais qui ramassait ses feuilles, en croyant sûrement qu'elles étaient toutes présentes. Un peu timide, sans trop savoir pourquoi, je le lui rendis. Alors que je m'apprêtais à continuer mon chemin, je croisai le regard de l'inconnu. Je me perdis dans ses yeux gris acier. Son regard m'hynoptisa pendant plusieurs secondes interminables. J'avalai avec difficulté alors que mon coeur, lui, battait à pleine vitesse. Je penchai mes yeux vers la feuille, encore mystérieusement dans ma main, mais celle-ci était en contact avec le gant du jeune homme. Je relevai les yeux vers lui, et encore une fois, mon regard se plongea dans le sien. Je sentis de nouveau le vent glacial, qui avait repris sa course folle, ce qui rompa le moment magique. Enfin, pour moi. Lui devant moi devrait pour me prendre pour une débile. Vite, je devais lui dire quelque chose d'intelligent !
« Elle s'est échappée, je crois. Que lui as-tu fait pour qu'elle veuille partir ainsi ? »Stupide. Je me sentais stupide. Mais je ne pouvais me détacher de ses yeux bruns qui me regardaient aussi. Au moins, il m'accordait un regard. C'est mieux que rien. J'agissais comme à l'adolescence quand on est en face d'un garçon qui nous plaît. Oui, je venais de tomber littéralement amoureuse d'un inconnu.